Les
Audois ont remporté hier le 4 e titre de leur histoire,
trente ans après le dernier acquis en 1978.
Après avoir perdu leurs deux dernières finales
en 2006 et 2007 face à ces mêmes Pianencs,
les Lézignanais touchent enfin au but.
C'est une foule et c'est un
bonheur qui submergent la pelouse du stade de la Méditerranée.
C'est une vague. Une coulée de joie qui se répand.
Comme un torrent de lave qui ensevelit les joueurs. C'est une
vieille photo sépia qui retrouve des couleurs éclatantes
et s'anime à nouveau. Il est 20 h 50 et l'arbitre vient
de mettre fin au suspense qui depuis une heure fait hurler 5 000
gorges profondes "Lézignan ! Lézignan !".
C'est un moment fort et tout est là avec ce soleil de printemps
qui baigne de lumière la plaine biterroise. Le match est
terminé depuis quelques minutes mais le peuple lézignanais
est resté à se frotter les paupières pour
évacuer le rêve de ses pensées. Pensez donc,
30 ans que la ville attendait cela. Trois décennies de
frustration et d'attentes inquiètes. Depuis le 8 mai 1978
et une finale de Coupe remportée face au XIII Catalan,
le FCL n'avait plus connu l'extase d'un sacre au sommet. Il y
avait bien eu auparavant quelques finales pour remiser dans l'antique
buffet quelques breloques, mais les gloires étaient anciennes.
Baignées dans l'oubli.
Hier, Cologni, Bansept, Roméro,
Bringuier et Rovira, les Catalans expatriés ont ravivé
l'histoire en terre audoise. Au terme d'un match plein de sève
et de vie, assombri néanmoins par les cris de douleur de
Janzac, le genou en vrac, Lézignan a poussé la plus
belle des chansonnettes de son existence contemporaine.
Les dés ont hésité
Et dans une partie où les dés ont longtemps hésité,
roulant au vent de l'incertitude, ce sont les doubles champions
de France qui prennent d'abord les commandes de la partie. Grésèque
des 20 m profite d'un placage trop dangereux pour déflorer
la marque (2-0, 5 e ). A peine le temps de l'écrire que
les Catalans glacent à nouveau la meute audoise descendue
en procession (9 cars) dans l'Hérault. Sur une attaque
classique, Piquemal, décalé à l'aile, s'en
va brouter la pelouse, (6-0, 7 e ). Et comme la défense
roussillonnaise a dressé les barbelés devant son
territoire, Wynne en est réduit à faire parler la
précision de son pied droit (6-2, 10 e ). Dans le sillage
d'un Brown aux courses aussi rageuses que dévastatrices,
les "rose et blanc" posent enfin leur jeu. Muniesa sauve
la patrie en bout de ligne alors que l'essai semblait promis à
Mullane. Mais sur la mêlée qui s'ensuit, Brown servait
à l'intérieur Taylor, qui goûtait au bonheur
pour la 34 e fois de la saison (6-8, 20 e ). L'arrière
d'origine australienne, véritable acrobate du FCL, nous
ressert le même met un peu plus tard, à la conclusion
d'un superbe débordement de Mazard, dont le petit coup
de pied de recentrage trouve donc Taylor qui en profite pour gonfler
un peu plus sa ligne statistique (6-12, 30 e ).
A la reprise, mu par une
force alcaline, Martins se lance dans un raid tout en puissance,
défonce les derniers soldats postés sur sa "via
sacra" pour planter son nez dans le gazon, en même
tant qu'il remet les compteurs de cette finale à zéro
(12-12, 45 e ). Dix minutes plus loin, Bosnich, l'entraîneur-joueur
pianenc allonge le bras pour redonner l'avantage aux Donkeys (16-12,
55 e ). Et le chassé-croisé n'en finit plus. Malgré
l'absence de Taylor, blessé, les Lézignanais repassent
le museau devant sur une charge puissante de Rovira, sous les
poteaux, peu après que Lacans, lui ait i nitialement jalonné
le chemin de la réussite (18-16, 65 e ). Dans la foulée,
Wynne tape un coup de pied jusqu'au ciel dans l'en-but catalan
et Mazard, le filou, profite d'un raté de Muniesa pour
donner encore plus de marge aux Audois (24-16, 67 e ). Le triomphe
est à portée de main. Sur le Cour de la République,
en plein coeur de Lézignan, on débouche déjà
les premières bouteilles de Corbières millésimées.
La nuit a dû être longue...
A Béziers, Arnaud Hingray
Ils ont dit : Dominique
Espugna (entraîneur Lézignan) : "C'est
vrai que la joie a explosé quand à cinq minutes
de la fin, on a vu que nous étions champions. Il a fallu
toute l'énergie d'une ville pour qu'on puisse arriver à
conquérir ce titre. L'analyse de ce match, on la fera après.
Le plus important, c'était de ramener ce planxot". Franck
Rovira (Lézignan) : "Ce titre, ça
faisait 30 ans que Lézignan l'attendait. Il est mérité
car nous avons fait une belle saison. Il faut reconnaître
que Pia nous a donnés du fil à retordre. Ils nous
ont posé problème au large car ils ont compris que
devant, nous étions plus solides et que cela se jouerait
sans doute au large. J'ai une pensée émue à
Florian Chaubet, le grand absent". Cédric
Bringuier (Lézignan) : "Pour le Catalan de
Salses que je suis, c'est un double bonheur. Imaginez, cela fait
cinq ans que je joue au FCL. J'ai aussi connu les années
de galère. Et nous attendions ce moment avec une telle
impatience. Ce premier titre, c'est fabuleux. D'autant qu'il est
conquis par une bande de trente copains".
Mohamed
Djalout (Pia) : "Je suis heureux d'avoir participé
à cette finale car on m'a fait confiance. Heureux mais
aussi très déçu d'avoir perdu". Franck Traversa (Pia) : "Nous leur faisons
un cadeau en commettant trop de fautes. On fait tout ce qu'il
ne faut pas faire aujourd'hui. On avait juste qu'à conserver
le ballon. On n'a pas respecté les schémas et cela
ne pardonne pas". Mathias
Garrabé (Pia) : "C'est une grosse déception
et je pense à ceux qui nous quittent (Patrick Cala et Craig
West). On voulait leur dédier cette victoire, à
eux, ainsi qu'à tous ces jeunes qui ont intégré
le groupe cette saison". Manu
Bansept (Pia) : "Si j'avais déjà été
sacré avec Pia, ce deuxième titre a vraiment une
autre saveur. Après mon accident, les dirigeants lézignanais
m'ont fait confiance. Je me devais de la leur rendre. Ce club
m'a relancé, quel bonheur de vivre des pareils instants
avec tous ces amis. Je peux désormais sereinement mettre
un terme à ma carrière".