Ecoutez une émission
réalisée par France Culture sur l'histoire du Rugby
à XIII et ses péripéties pendant la guerre
39-45. Passionnant et agrémenté de témoignages
de personnalités de l'époque (Sylvain Bès,
René Verdier, Edouard Ponsinet, Jean Labat, des quinzistes
Jean Prat, Charles Calbet et Albert Ferrasse, et de Paul Barrière).
On
peut spéculer à souhaits sur l'origine exact du
Rugby. Ce qui est certain, c'est qu'il est avant tout l'enfant
des universités du 19e siècle, comme l'essentiel
des sports collectifs contemporains (professionnels et amateurs).
Depuis la fin du XVIII ième
siècle les grandes universités anglaises pratiquent
leurs propres sports collectifs. Ces sports se déroulent
généralement autour d'une balle avec des mêlées
et des empoignades.
Un jeu se distingue parmi les autres : celui pratiqué par
l' université de RUGBY. Plus aéré, plus fluide,
il commence à faire parler de lui. OXFORD et CAMBRIDGE
reprennent à leur compte ce jeu de balle.
En 1823, Williams
Webb Ellis, un étudiant de l'université de RUGBY,
en améliore les règles en se saisissant du ballon
pour traverser le terrain. Jusqu'alors, on ne pouvait progresser
en avant que par des coups de pieds ou des arrêts de volée.
Un des éducateurs de l'université, Thomas Arnold,
fixera les premières règles par écrit de
ce qu'il faut désormais appeler le Foot-Ball de Rugby (ou
Football-Rugby).
LE FOOTBALL-RUGBY
Avec le temps, trop
de clubs altèrent le jeu en retranchant des règles
selon leur bon vouloir. De plus les idées s'affrontent
et l'on ne joue plus pareil à tous les endroits : il y
a ceux qui pratiquent en jouant au pied et ceux qui autorisent
l'attaque à la main. En 1871, une réunion aura lieu
pour tenter de refondre et harmoniser les règles.
Elle conduira finalement
en une discorde entre les partisans du jeu au pied (qui veulent
proscrire les coups et blocages) et les partisans du jeu aux mains
(qui souhaitent conserver les contacts).
La rupture devient totale et les deux groupes fondent leur propre
organisation.
- Les premiers fondent la "FOOTBALL ASSOCIATION" puis
la FIFA (Fédération Internationale de Football Association)
en 1904, qui sera le début du football Soccer.
- Les deuxièmes fondent la "RUGBY FOOTBALL UNION"
à l'origine du Rugby.
RUGBY
DES OUVRIERS
Au cours des dernières années
du XIXème siècle, les pratiques sportives s'étendent
progressivement à toutes les couches sociales, favorisées
en cela par la réduction du nombre d'heures de travail
et l'ébauche d'un congé du samedi.
En se développant
vers le Nord de l'Angleterre, région très industrielle,
la proportion de joueurs issus des couches ouvrières
augmente ; le Rugby n'est plus réservé à
une élite aristocratique.
A cette même époque,
les années 1880-1890, le Rugby et le football vont se
trouver confrontés au professionnalisme. Si le football
reconnaît sans grande difficulté le professionnalisme
en 1885, il n'en sera pas de même pour le Rugby ce qui
provoquera la scission et l'apparition du Rugby à XIII.
La
question du manque à gagner, le remboursement du temps
de travail perdu pour les entraînements ou les matchs
ou suite à une blessure, est abordée en 1891 à
la RFU par les représentants des clubs du Nord. Cet avis
est rejeté par la RFU composée majoritairement
de clubs universitaires conservateurs préférant
l'idée d'un Rugby pratiqué par de purs amateurs.
Le divorce est total entre
les représentants clubs du Nord et la RFU. En mai 1895,
la RFU interdit officiellement les orientations prises dans
les clubs du Nord. Le 27 août 1895, ceux-ci répliquent
en créant la NORTHERN RUGBY FOOTBALL UNION.
En 1922, la NRFU devient la RUGBY FOOTBALL LEAGUE.
Les 22 clubs
du nord pionniers qui font scission (avec leur date
de création) :
Batley FC (1880), Bradford FC
(1863), Brighouse Rovers FC (1878), Broughton
Rangers FC (1877), Halifax FC
(1873), Huddersfield FC (1864), Hull
FC (1865), Hunslet FC (1883),
Leeds FC (1864), Leigh FC
(1877), Liversedge FC (1877), Manningham
FC (1876), Oldham FC (1876),
Rochdale Hornets FC( 1871), Runcorn
(1895), Stockport (1895), St
Helens FC (1873), Tyldesley FC
(1879), Wakefield Trinity FC (1873),
Warrington FC (1875), Widnes
FC (1873), Wigan FC (1879)
Pour
se différencier de la "union" ce nouveau rugby
change quelques règles pour rendre le jeu plus spectaculaire,
notamment en supprimant 2 joueurs pour augmenter l'espace sur
le terrain.
La France découvre
le XIII dans les années 30. Jean Galia, joueur de XV
radié par la FFR pour "fait de professionnalisme",
est contacté par les anglais.
Deux journalistes jouent les intermédiaires et organisent
le premier match, Australie-France, à Paris, devant 20000
spéctateurs. Une réussite.
En 1934, la Fédération de Rugby à XIII
dépose ses statuts.
Les quinzistes affluent. Notamment parceque les Français
ont été bannis du Tournoi des Cinq Nations du
XV pour violence sur le terrain.
Le XIII va profité
du passage à vide du XV pour acquérir une très
forte notoriété populaire. Notamment grâce
aux multiples rencontres internationales dont fut privé
le XV.
VICHY
INTERDIT LE XIII
En accord avec les nazis, le
régime de Vichy interdit le rugby à XIII.
Les raisons invoquées étaient les liens de
sympathie de la Ligue Treiziste avec les Britanniques et
le fait du professionnalisme avoué. Ajoutons à
cela ses origines de sport prolétaire qui regroupait
des pratiquants issus du monde du travail, représentant
à cette époque une menace potentielle pour
le régime en place.
La Ligue française de Rugby à XIII fut dissoute
par le décret n° 5285 du 19/12/1941. Son siège
rue Drouot à Paris a été réquisitionné.
Les joueurs sont invités à rejoindre les clubs
de rugby à XV.
Interdiction du rugby
à XIII par le régime de Vichy
Le
22 août 1940, Jean Ybarnegaray,
président-fondateur de la fédération
française et internationale de Pelote Basque,
secrétaire d'État à la Jeunesse
et à la Famille et député souletin
du Parti social français (PSF) du colonel
François de la Rocque déclara : «Le
sort du rugby à XIII est clair, il a vécu
(et), rayé purement et simplement du sport
français... »
Le 17 Octobre 1940, Albert Ginesty,
président de la Fédération
Française de Rugby (rugby à XV) et
Paul Voivenel, président
d'honneur de la FFR et auteur en 1942 de l'ouvrage
"Mon beau rugby qui refuse l'existence du rugby
à XIII (partie disparue lors des rééditions)
militent pour l'interdiction du rugby à XIII.
Cette interdiction pourrait bien être établie
et conclue sur la base du « rapport Voivenel
ou Ginesty sur le rugby » remis à Jean
Borotra, Commissaire général
à l’Éducation générale
et aux Sports de juillet 1940 à avril 1942.
D'autre part, le nouveau ministre des sports de
Philippe Pétain et du nouveau gouvernement
de Pierre Laval nommé en avril 1942 : Joseph
Pascot (ex directeur des sports dans le
cabinet du précédent ministre Jean
Borotra, ancien joueur international de la FFR,
devenu colonel d'active) est, dans ses précédentes
fonctions, un des acteurs principaux de la suppression
du rugby à XIII ;
Les effets de cette interdiction sont immédiats
pour le rugby à XIII et,
- valent dissolution et perte d'avoirs tant pour
les 13 clubs « professionnels » (c'est-à-dire
qui dédommagent leurs joueurs) que pour les
142 à 146 clubs amateurs de la Ligue Française
de Rugby à XIII,
- des biens immobiliers ou mobiliers de la LFR XIII
et de clubs sont saisis soit de 4 à 9 millions
de francs de l'époque. Certains sont
partiellement captés par la Fédération
française de Rugby à XV.
A la libération, le Rugby
à XIII retrouve ses prérogatives, mais le
mal est fait !
Les harcèlements continueront
avec un conflit juridique sur la légitimité
de pouvoir conserver le nom "RUGBY" comme leur cousin
du XV. Le XIII étant obligé à s'intituler
péjorativement "Jeu à XIII". Une absurdité
qui ne passe qu'en France, alors que cela ne pose aucun problème
dans le reste du monde (en Grande-Bretagne et en Australie,
notamment).
Une décision de justice de 1993 permettra finalement
aux tréizistes de pouvoir réutiliser le nom
de "Rugby".
A l'exclusion de Marie-Georges Buffet
en mai 2000 (Ministre Jeunesse et Sport), nul ministre ou
personnel politique d'importance n'a depuis des dizaines d'années
assisté à une finale treiziste (championnat
ou Coupe de France).
Par ailleurs, aucun membre des Equipes de France de Rugby
à XIII (excepté Puig Aubert) n'a été,
en raison de la contribution apportée à la communauté
nationale à travers son sport, fait titulaire de la
Légion d'Honneur.
NOUVEAU LIVRE
Titre: "Quand le XIII enflammait la France"
Envoyer un chèque de 29,90
euros à l'ordre de Talaia
Editions Adresse : Editions Talaia,
14 rue Pierre Cartelet
66 000 PERPIGNAN Tel : 06 10 78 20 74
Le
mot "Jeu" n'existe plus depuis 1993. En effet, cette année-là,
un arrêt de la Cour de Cassation a redonné le droit
au XIII de retrouver son nom d'origine : "Rugby à XIII"
et non "Jeu à XIII".
AVENIR DU XIII
Dans le monde entier
le XIII grandit. Certe, il y a les dollars de Rupert Murdoch
qui y sont pour beaucoup, mais l'engouement pour ce sport
est réel. Aujourd'hui on dénombre 33 nations.
En Russie, les matchs se disputent devant 17000 fans.